Stratégies promotionnelles 2026 : ce que l’ANJ a décidé

Le 16 décembre 2025, l’Autorité Nationale des Jeux a statué sur les stratégies promotionnelles des opérateurs de paris sportifs et de poker en ligne pour l’année 2026. L’analyse de ces décisions révèle un encadrement renforcé, avec des demandes spécifiques adressées aux principaux acteurs du marché. Voici ce qu’il faut retenir des principales décisions.

Ce qu’il faut retenir

Les décisions de l’ANJ pour 2026 témoignent d’une volonté de resserrer le cadre réglementaire, notamment sur trois axes :

  1. Contrôle accru des nouveaux outils marketing : L’interdiction de la fonctionnalité « suggestion de paris » du PMU illustre une vigilance face aux innovations jugées trop incitatives.
  2. Protection renforcée des publics jeunes : Les demandes adressées à Betclic et Winamax concernant les réseaux sociaux et les influenceurs marquent une priorité du régulateur.
  3. Limitation des gratifications financières : L’ANJ continue de marteler l’obligation de modération concernant les bonus et autres avantages promotionnels, particulièrement pour les joueurs à risque.

Dans un marché en forte croissance, avec une compétition majeure dans l’horizon proche, et face à une concurrence accrue entre opérateurs, l’ANJ affirme ainsi son rôle de régulateur en imposant un équilibre entre dynamisme commercial et protection des joueurs vulnérables.

Contexte : des budgets en hausse malgré l’absence d’événements majeurs

Comme chaque année, les opérateurs de jeux d’argent ont soumis leurs stratégies promotionnelles à l’approbation de l’ANJ. Pour 2026, l’année du Championnat du Monde de football, ces stratégies marquent une augmentation des budgets marketing dans un contexte de concurrence accrue entre opérateurs.

Selon les données disponibles de l’année précédente, l’ANJ avait constaté pour 2025 une hausse de 11% des budgets promotionnels (695 M€) malgré l’absence d’événements sportifs majeurs, avec notamment :

  • Une progression des investissements marketing (+12%)
  • Une hausse des gratifications financières (+11%)
  • Une forte évolution du sponsoring sportif (+23%)

Face à ces tendances, le régulateur a décidé d’imposer un cadre plus strict pour 2026.

Les décisions spécifiques aux opérateurs

1. PMU : refus d’une fonctionnalité jugée trop incitative

L’ANJ a interdit au PMU la mise en place d’une fonctionnalité de « suggestion de paris hippiques » prévue initialement pour 2026. Cette décision indique que le régulateur considère ce type d’outil comme potentiellement incitatif et susceptible d’encourager les pratiques de jeu excessif.

Le PMU fait également l’objet d’une demande de vigilance accrue concernant la prévention du jeu des mineurs, conformément aux obligations réglementaires applicables à tous les opérateurs.

2. Betclic : modération sur les produits à risque et réseaux sociaux

L’ANJ a demandé à Betclic un usage modéré des tournois de poker rapides, considérés comme particulièrement incitatifs en raison de leur format court et répétitif.

Le régulateur a également relevé que la clientèle de Betclic compte une proportion significative de joueurs âgés de 18 à 24 ans, supérieure à la part que représente cette tranche d’âge dans la population française adulte (10%). L’ANJ demande donc à l’opérateur de réduire de manière significative son budget consacré aux réseaux sociaux, canaux particulièrement prisés par ce public jeune.

3. Winamax : vigilance sur les réseaux sociaux et les influenceurs

L’ANJ a approuvé la stratégie promotionnelle de Winamax tout en lui demandant une vigilance particulière concernant les réseaux sociaux et le recours aux influenceurs. Le régulateur exprime une préoccupation concernant l’efficacité des barrières d’âge sur ces plateformes et leur capacité à prévenir l’exposition des mineurs aux contenus publicitaires liés aux jeux d’argent.

Cette demande s’inscrit dans un contexte où Winamax utilise des influenceurs certifiés ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité), mais où l’ANJ estime nécessaire d’intensifier les mesures de contrôle.

4. FDJ et autres opérateurs : rappels sur la terminologie et les pratiques

L’ANJ réitère son interdiction d’utiliser le terme « freebet » ou « pari gratuit » lorsqu’une dépense préalable est requise de la part du joueur. Cette règle, applicable à l’ensemble des opérateurs, vise à garantir la transparence des offres promotionnelles et à éviter les formulations trompeuses.

Le régulateur demande également une vigilance accrue sur les plateformes numériques disposant d’une audience importante de jeunes adultes.

Les exigences générales pour tous les opérateurs

Au-delà des demandes spécifiques, l’ANJ a assorti ses approbations de conditions s’appliquant à l’ensemble du secteur :

Protection des joueurs à risque

Les opérateurs doivent exclure systématiquement les joueurs identifiés comme excessifs ou les personnes auto-exclues de leurs communications commerciales. L’ANJ insiste particulièrement sur l’interdiction absolue d’adresser des gratifications financières à ces publics.

Une « vigilance particulière » est également exigée pour les joueurs présentant un risque de développer un comportement excessif, même s’ils ne sont pas encore identifiés comme tels.

Modération des partenariats sportifs

L’ANJ demande aux opérateurs de faire preuve de modération dans l’exécution de leurs partenariats sportifs, afin de limiter leur impact sur le jeu excessif et l’exposition des mineurs.

Réseaux sociaux et influenceurs : un nouveau front de régulation

Les décisions de l’ANJ pour 2026 accordent une attention particulière aux réseaux sociaux et au marketing d’influence, considérés comme des vecteurs majeurs d’exposition des jeunes publics. Le régulateur semble identifier ces canaux comme présentant des risques accrus en matière de protection des mineurs.

Le délai de préavis : un outil de contrôle renforcé

L’obligation de soumettre toute modification de stratégie promotionnelle avec un préavis de deux mois, inscrite dans la réglementation depuis 2020, apparaît comme un levier de régulation plus strictement appliqué. En rappelant systématiquement cette exigence dans ses décisions, l’ANJ limite de facto l’agilité marketing des opérateurs et leur capacité à lancer des campagnes promotionnelles réactives.

Ce cadre temporel oblige désormais les opérateurs à anticiper leurs actions commerciales plusieurs mois à l’avance, sous peine de voir leurs initiatives bloquées par le régulateur.